Alberto Giacometti : l'Art entre le néant et l'être

Lorsque Alberto Giacometti revint de Genève à Paris à l'automne 1945, après la fin de la Seconde Guerre mondiale, il emporta dans sa valise de petites boîtes d'allumettes qui contenaient les minuscules têtes et figures de plâtre qui avaient été le produit final de son travail pendant la guerre.

« En 1945, je me suis juré que je ne voulais pas laisser mes silhouettes devenir de plus en plus petites, même pas d'un pouce », se souvient Giacometti. Par la pratique du dessin, il acquiert la volonté d'agrandir ces figures pour en faire des sculptures toujours plus hautes. « Voici ce qui s'est passé : Je pouvais maintenir la hauteur, mais ils commençaient à se rétrécir... grands et minces comme un fil. » L'artiste a remarqué que « vous ne sentez pas votre poids. Je voulais - sans y avoir pensé - reproduire cette légèreté, et cela en rendant le corps si mince. ». (cité dans R. Hohl, Giacometti : A Biography in Pictures, Stuttgart, 1998, pp. 108 et 125).

En trois expositions, ses premières expositions personnelles en près de quinze ans - à la Galerie Pierre Matisse de New York, en 1948 et 1950, et à la Galerie Maeght de Paris, en 1951 - Giacometti a dévoilé « L'homme au doigt », « Homme qui marche », « La Main », « Trois hommes qui marchent », « L'homme qui chavire », etc. « Avec l'espace, Giacometti doit donc faire un homme », écrivait le philosophe Jean-Paul Sartre dans sa préface au catalogue de l'exposition de 1948. « Il doit écrire l'unité dans l'infinie multiplicité, l'absolu dans le purement relatif, le futur dans l'éternellement présent.... La passion de la sculpture est de se rendre totalement spatial, pour que du fond de l'espace, la statue d'un homme puisse sortir en avant ».

L'esprit de l'après-guerre, ébranlé par l'existence de la bombe atomique et de la guerre froide, dans l'attente du cataclysme final, a envisagé ses questions existentielles dans l'oeuvre d'Alberto Giacometti, un art de faire des choix dans un processus inéluctable de destruction et de reconstruction en série. « Quelque chose est arrivé aux corps de Giacometti : viennent-ils, demandons-nous, d'un miroir concave, de la fontaine de jouvence, ou d'un camp de concentration ? » questionna Jean-Paul Sartre. « A première vue, nous semblons être confrontés aux martyrs sans chair de Buchenwald. Mais un instant plus tard, nous avons une conception tout à fait différente ; ces natures fines et légères s'élèvent jusqu'au ciel, nous semblons avoir rencontré un groupe d'Ascensions, d'Hypothèses ; elles dansent, elles sont des danses, elles sont faites de la même matière raréfiée que les corps glorieux qui nous étaient promis. ».

Les hommes et les femmes que Giacometti a façonnés dans ses mains se conforment chacun à une posture particulière. « Je ne peux jamais faire une femme autrement qu'immobile », disait Giacometti, « et un homme, toujours en marche. ».

Giacometti était fasciné par l'art et la civilisation égyptienne, y compris les traditions magiques et occultes de cette culture : l'Homme vivant avec son double invisible qu'il doit honorer, son Ka. Pour lui, l'idée que la plupart des images sculptées égyptiennes étaient en quelque sorte des « doubles », le poursuivit toute sa vie. D'où son art entre néant et être.

Les oeuvres d'Alberto Giacometti sont rares et de plus très chères. Il est donc important de vérifier leur authencité avant de vouloir se porter acquéreur d'une de ses sculptures ou dessins.

Et surtout il ne faut pas confondre Alberto Giacometti avec son frère cadet, Diego Giacometti, sculpteur et designer, qui est également un artiste de renommée mondiale.

Ses sculptures atteignent plusieurs millions d'euros, comme ce fut le cas lors de la vente du 11 novembre 2018 chez Christie's, où « Le Chat », sculpture en bronze, se vendit 17 187 500 $.

Alberto Giacometti, Le Chat, bronze patiné brun foncé
Alberto Giacometti, Le Chat, bronze patiné brun foncé