Georges Jouve, céramiste et sculpteur de l'abstraction

Photographie de Georges Jouve modelant
Photographie de Georges Jouve modelant

Georges Jouve est présenté comme l'un des céramistes les plus talentueux de son époque. C'est ce que confirme l'artiste britannique Edmund Arthur Lowndes de Waal, connu pour ses grandes installations de vases en porcelaine : « Georges Jouve est largement considéré comme l'un des céramistes les plus importants du XXème siècle. Ses développements techniques ont modernisé l'art de la poterie, tandis que son style unique, sensuel et parfois ludique, illustre la subtilité et la profondeur de son imagination créatrice. » En réalité, Georges Jouve, diplômé de l'école Boulle section sculpture, était plus sculpteur que céramiste.

Au cours de l'été 1944, Georges Jouve et sa famille s'installent chez leur ami, l'artiste-décorateur Jean-Denis Malclès, au 83 rue de la Tombe-Issoire, à Paris, et font ainsi la connaissance de leur voisin, l'architecte André Lefèvre (1921-2010) avec qui ils se nouent d'amitié durable.

Georges Jouve, installé dans son atelier à Paris (puis à Aix-en-Provence), réalise des céramiques sculpturales pour intérieurs modernistes. A l'invitation de Jacques Adnet, directeur de la Compagnie des Arts Français (CAF), Jouve participe à différents salons à l'international et en France, dont le Salon des Artistes Décorateurs. Il crée des formes rigoureusement simples mais douces et ludiques, y compris des formes grassouillettes, des pichets ronds et des vases cylindriques. Son inlassable expérimentation des émaux donne naissance à une palette de noirs mats parfaits, de blancs et de joyeux éclats de vert lime, de jaune citron et, parfois, de rouge sélénium. Les céramiques de Jouve font écho au modernisme organique de ses collègues de la CAF, comme Charlotte Perriand et Serge Mouille.

La mer comme inspiration

C'est au cours de promenades le long des plages de Méditerranée, en observant le bois flotté échoué, que Georges Jouve puise son inspiration initiale.

L'appel de la terre et du feu l'amène à explorer la promesse de la courbe, à explorer des formes qui offrent tension et relâchement, qui peuvent être symboliques ou mythiques, et qui restent définies par une liberté de forme.

Différents émaux encourageaient la lumière à jouer sur les surfaces, donnant à l'observateur un aperçu de l'esprit créatif qui a guidé Georges pendant toute son éphémère carrière.

C'est à travers son oeuvre sculptée que l'on peut comprendre son sens du volume et son esthétique.

L'oeuvre de Georges Jouve en 5 sculptures

Nous vous présentons cinq sculptures de Georges Jouve vendues par Christie's et Sotheby's. Et comme vous pourrez le découvrir, Jouve n'employa pas uniquement la céramique mais également le bronze dans ses sculptures.

Georges Jouve (1910-1964) - « Le couple », groupe en terre cuite et engobe avec base en métal, 1960
Georges Jouve (1910-1964) - « Le couple », groupe en terre cuite et engobe avec base en métal, 1960

Le couple, conçu en 1960 est la sculpture la plus emblématique de Georges Jouve : parfaite illustration des recherches de Jouve sur l'abstraction et sa volonté d'épure. Dans cette oeuvre, il a voulu rendre hommage à son épouse, Jacqueline, dont il a été éperdument amoureux, et qui fut son fidèle soutien et collaboratrice hors pair pendant toute leur vie commune. Cette oeuvre unique fait entrer Jouve dans les « sculpteurs d'émotion ».

Elle fut vendue le 20 mai 2014 chez Christie's pour la somme record de 349 500 €.

Georges Jouve - « Monolithe », céramique émaillée, 1955
Georges Jouve - « Monolithe », céramique émaillée, 1955

Cette sculpture monumentale de forme libre à la force tranquille d'un monolithe, mais sa surface satinée et ses bords doux lui confèrent une qualité lyrique. Tout au long de sa carrière, Georges Jouve « a tenté avec passion d'exprimer la réalité émouvante et dynamique de la vie dans une forme stable » (Norbert Pierlot, Jouve) . Il y parviendra non seulement par son talent exceptionnel de sculpteur mais aussi par sa virtuosité de céramiste. La luxueuse glaçure noire profonde créée par Jouve dans la présente offrande rappelle la déclaration d'Henri Matisse : « Le noir est une couleur. »

Georges Jouve - « Pince », céramique émaillée noire, base en métal patiné, 1952
Georges Jouve - « Pince », céramique émaillée noire, base en métal patiné, 1952
Georges Jouve - Sans titre, céramique émaillée noire, base en pierre moulée, vers 1960
Georges Jouve - Sans titre, céramique émaillée noire, base en pierre moulée, vers 1960
Georges Jouve - Scupture trilobée, bronze, vers 1957
Georges Jouve - Scupture trilobée, bronze, vers 1957

PS : Si l'envie vous prenait d'acquérir une céramique ou une sculpture de Jouve, veillez à consulter l'avis d'un expert sur son authenticité. Depuis quelques années, des faux très bien réalisés circulent notamment sur certains sites de ventes aux enchères ou d'annonces gratuites de particuliers.