Germaine Richier, gardienne de l'histoire de l'art moderne

Germaine Richier dans son atelier - Photogaphie d'Ida Kar, circa 1950
Germaine Richier dans son atelier - Photogaphie d'Ida Kar, circa 1950

Mieux connue pour ses grandes sculptures grossièrement modelées en bronze patiné foncé, Germaine Richier (1902-1959) a été une figure importante de l'avant-gardisme de l'après-guerre. Ses hybrides provocateurs de formes humaines croisées avec des araignées, des crapauds et des éléments végétaux, ravagés et déformés, sont imprégnés d'une profonde fascination pour la mythologie et la philosophie existentielle. Evoluant à côté des formes allongées de la période post-surréaliste d'Alberto Giacometti, l'oeuvre de Richier préfigure la sculpture de Kiki Smith et Louise Bourgeois.

Une vie artistique éphémère

Né en 1902 à Grans, Bouches-du-Rhône, Richier étudie à l'École des Beaux Arts de Montpellier. Elle fait ensuite son apprentissage dans l'atelier parisien de l'expert en bronze Antoine Bourdelle, formé par Rodin, où elle rencontre Giacometti. Richier a eu sa première exposition personnelle à la Galerie Max Kaganovitch en 1934, et en 1936 a reçu le Prix Blumenthal. Après la Seconde Guerre mondiale, le style de Richier a évolué vers les personnages émotifs et semi-abstraits pour lesquels elle est le plus connue : des chimères minces et déformées exprimant le traumatisme physique et psychique de la guerre. En 1950, Richier s'est fait connaître par sa représentation controversée de la crucifixion, commandée par l'Église de l'Assy - la statue sans visage, semblable à un spectre, fut enlevée par l'évêque. À la fin des années 1940 et dans les années 1950, Richier est de plus en plus acclamée, exposant à trois Biennales de Venise consécutives et gagnant le prix de sculpture à la Biennale de São Paulo. En 1959, la carrière de Richier a été tragiquement interrompue lorsqu'elle est décédée d'un cancer à l'âge de 57 ans.

Germaine Richier, son retour en grâce

Bien que Richier ait beaucoup exposé de son vivant, elle est tombée dans un certain oubli après sa mort. C'est l'importante rétrospective de la Collection Peggy Guggenheim en 2006-2007 qui a ressuscité Richier dans la conscience publique. Aujourd'hui, ses oeuvres font partie des collections de la Tate Modern de Londres, Museum of Modern Art de San Francisco et du Jardin des Tuileries à Paris.

Germaine Richier - Sauterelle, 1945, bronze à patine brune
Germaine Richier - Sauterelle, 1945, bronze à patine brune

Gardienne de l'histoire de l'art moderne, Germaine Richier reste inclassable. Formée en sculpture d'après des modèles vivants de Bourdelle, son travail prend un tournant anthropomorphique après la guerre. Si le corps humain est resté un thème central, il prend une dimension plus fantastique, comme on le voit dans La Sauterelle, dont l'aspect tourmenté révèle une dimension dramatique de la nature existentialiste. Chargée d'une force primitive qui, comme le dit André Pieyre de Mandiargues, évoque « une roche ou une souche ainsi qu'un personnage dépouillé », La Sauterelle est sans doute l'un des chefs-d'oeuvre de l'artiste qui a amené la sculpture vers un naturalisme expressif et baroque sans précédent.

Germaine Richier - L'homme qui marche, bronze à patine foncée
Germaine Richier - L'homme qui marche, bronze à patine foncée

« J'aime la vie. J'adore déplacer les choses. Je ne cherche pas à reproduire le mouvement. J'essaie plutôt de le suggérer. Mes statues doivent donner l'impression d'être immobiles et pourtant sur le point de bouger. » (Germaine Richier)

Germaine Richier est probablement la seule grande sculptrice de statues contemporaines après Auguste Rodin et Alberto Giacometti. Décédée prématurément à l'âge de 55 ans, en 1959, elle laisse derrière elle une oeuvre majeure.
Germaine Richier a su s'arrêter à temps et laisser ses statues dans leur plus bel et tragique état de détérioration matérielle. L'homme qui marche, une grande figure de bronze, ressemble à la fois à un rocher, à une souche, à un homme écorché ou au corps d'une victime torturée par le feu.

Germaine Richier - Diabolo, 1950, bronze à patine brune
Germaine Richier - Diabolo, 1950, bronze à patine brune

Diabolo a été vendu chez Christie's le 08 juin 2017 pour la somme de 200 500 €.