Joan Miró et son renouveau minimaliste

« Miró était synonyme de liberté - quelque chose de plus aérien, plus libéré, plus léger que tout ce que j'avais vu auparavant. Dans un sens, il possédait la perfection absolue. Miró ne pouvait pas mettre un point sur une feuille de papier sans toucher la cible. Il était un si vrai peintre qu'il lui suffisait de laisser tomber trois taches de couleur sur la toile pour que cela devienne vivant » (Alberto Giacometti, cité dans P. Schneider, "Miró", Horizon, non. 4, mars 1959, p. 70-81).

Dans ces peintures abstraites, des signes et des chiffres fantaisistes planent au milieu d'un espace pictural apparemment illimité. Parlant de la façon dont ses formes interagissent et s'unissent sur le plan pictural, Miró explique : « Dans mes peintures, les formes sont à la fois immobiles et mobiles. Elles sont immobiles parce que la toile est un support immobile. Elles sont immobiles en raison de la propreté de leurs contours et du type d'encadrement qui les entoure parfois. Mais précisément parce qu'elles sont immobiles, elles suggèrent le mouvement. Comme il n'y a pas de ligne d'horizon ou d'indication de profondeur, elles se déplacent en profondeur. Elles se déplacent également sur la surface, car une couleur ou une ligne entraîne inévitablement un changement de l'angle de vision. À l'intérieur des grandes formes, il y a de petites formes qui se déplacent. Et quand on regarde le tableau dans son ensemble, les grandes formes deviennent aussi mobiles. On peut même dire que même si elles gardent leur autonomie, elles se bousculent les unes les autres. » (Cité dans Rowell, op. cit., pp. 248-249).

Miró ou sa volonté d'atteindre une intensité maximale avec un minimum de moyens

Joan Miró (1893-1983) - L'Envolée II, huile sur toile peinte en 1963 - Collection privée
Joan Miró (1893-1983) - L'Envolée II, huile sur toile peinte en 1963 - Collection privée

Après une pause de cinq ans dans la peinture, Joan Miró a fait un retour triomphal à cette forme d'art, s'engageant dans une période de production fiévreuse et intense. Il a peint avec une simplicité et un minimalisme nouveaux, repartant de zéro alors qu'il entame une nouvelle phase de sa longue et prolifique carrière. « Mon désir, dit-il en 1959, est d'atteindre une intensité maximale avec un minimum de moyens. C'est pourquoi ma peinture s'est peu à peu libérée » (cité dans M. Rowell, éd., Joan Miró : Selected Writings and Interviews, Londres, 1987, p. 251).
L'Envolée II incarne ce changement stylistique, qui caractérise l'oeuvre de Miró dans les années 1960.

Sur un fond gris vaporeux, de fines lignes noires entrelacées dominent l'oeuvre. Parmi ces marques noires flottent des étoiles, ainsi que des zones de couleurs vives.

« Pour moi, un tableau doit produire des étincelles. Il doit éblouir comme la beauté d'une femme ou d'un poème. Elle doit rayonner comme les silex que les bergers des Pyrénées utilisent pour allumer leurs pipes. » - Joan Miró

« Quand le point de départ d'une oeuvre est en quelque sorte le monde réel, j'écris toujours un titre au dos de la toile avec mon nom et la date. Pour celles qui ont été conçues hors du vide, je n'ai jamais mis de titre » - Joan Miró

Autre oeuvre caractéristique de cette nouvelle période artistique de Miró, cette huile sur toile peinte en 1962 sans titre :

Joan Miró (1893-1983) - Sans titre, huile sur toile peinte en 1962 - Collection privée
Joan Miró (1893-1983) - Sans titre, huile sur toile peinte en 1962 - Collection privée

Sur ce même fond gris vaporeux, apparaissent deux lignes noires enchevêtrées comme de la calligraphie japonaise ou une écriture ancienne énigmatique. Parmi ces calligraphies noires flottent des étoiles, ainsi que des zones de couleurs poudrées douces.

Nous avons survolé l'oeuvre de Miró à travers deux de ses oeuvres, typiques de son renouveau et da sa volonté de minimalisme. Nous aurions pu résumer cette période charnière dans l'oeuvre de ce très grand artiste par la locution-phrase que nous connaissons tous : « pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ». Nous vous laissons méditer...