François Pompon et son ours : cet énorme phénomène polaire !

Cette oeuvre est la pièce maîtresse de Pompon, et c'est d'ailleurs la présentation de la grande maquette en plâtre de l'ours polaire au Salon d'automne en 1922 qui lui a valu sa première grande reconnaissance. L'oeuvre a fait l'objet d'une grande admiration et les critiques l'ont saluée. « L'ours polaire a été mis à l'honneur au Salon d'Automne ; placé dans un flux de lumière, il a frappé les spectateurs comme le seigneur tout-puissant de l'Arctique...». (Kunstler, Charles, "Un grand animalier François Pompon", Jardin des Arts, Juin 1964, p.50) Pompon avait 67 ans à l'époque, avec une longue carrière derrière lui, pendant laquelle il avait souvent travaillé pour d'autres, comme assistant pour Auguste Rodin, René de Saint-Marceaux, Camille Claudel, et plusieurs autres sculpteurs.

Son intérêt pour les animaux est arrivé relativement tard, entre 1905 et 1906, et tout au long de ses années de travail avec eux, il a développé une profonde sensibilité à leur égard. Grâce à sa grande habileté technique, développée au fil du temps, et à son intérêt sincère pour ses sujets, il a réussi à obtenir un style synthétique de formes pleines, devenant finalement l'un des plus grands sculpteurs animaliers du XXème siècle.

Pompon a commencé à travailler sur les animaux, en utilisant des espèces domestiquées comme modèles, lors de visites à la campagne, puis il a commencé à fréquenter le Jardin de Plantes à Paris, pour finalement y aller tous les jours, apportant un studio portable suspendu sur son dos. Il a dessiné les animaux et les a modelés sur place en plâtre et en argile. L'après-midi, il retournait à son atelier et continuait à travailler dessus. Sa présence régulière et détendue a rendu les animaux, à leur tour, détendus. Une atmosphère d'affection s'est développée entre l'artiste et l'ours, qui posait pour lui. Cet ours polaire avait été capturé au Spitzberg par Philippe, le duc d'Orléans, lors de son expédition océanographique sur La Belgica en 1905. Dans son traitement de cet animal sauvage et, franchement, dangereux, Pompon obtient une image paisible, presque tendre.

L'état d'inertie dynamique et la synthèse de la forme

L'ours polaire « ... se déplace adroitement, dans une rythmique dynamique qui court le long de son corps, révélant une structure puissante et des masses musculaires solides et souples juste sous sa somptueuse fourrure. » (Kunstler, 1964, p.50) « C'est le mouvement seul qui crée les masses et les rend éloquentes », disait François Pompon, puis il ajoutait : « Pour saisir la vie en mouvement de l'animal, je le suis avec un petit tableau à dessin tenu devant moi par un fil autour du cou. Je travaillais en marchant, ne regardant rien d'autre que l'animal, traçant ses lignes pointues et sinueuses. Avez-vous remarqué que l'attention d'un animal en mouvement est toujours sur son centre de gravité ? En localisant ce centre de gravité, vous permettez à l'animal de s'exprimer... » Dans ce cas, le centre de gravité est le point où les pattes droites se rejoignent et touchent le sol.

Contrairement aux figures animales de Antoine-Louis Barye, souvent prises au piège d'un moment décisif ou d'un geste particulièrement expressif, les animaux de Pompon, et en particulier l'ours blanc, présentent cet « état d'inertie dynamique ».

A l'époque, la représentation du mouvement faisait encore l'objet de débats et d'expériences chez les artistes. Mais Pompon travaillait à partir d'un concept très différent dans lequel il a réuni différentes phases d'un mouvement pour suggérer la nature continue du mouvement. « Ma sculpture est exactement de la même taille que son modèle, sauf ici, dans le cou, où j'ai ajouté 2 cm. Tu sais ce que sont ces deux centimètres ? L'illusion du mouvement est créée par cette légère déformation. »

Le modèle de l'ours polaire a été progressivement transformé par une série de modifications multiples. Avant le grand plâtre de 1922, Pompon avait, vers 1920, fabriqué deux autres plâtres à partir de deux études différentes de l'animal. Le premier enduit révèle la méthode de travail de Pompon, dans laquelle il construit des plaques de plâtre sur une base métallique. Vers 1921, il réalise un troisième modèle, dont les pattes droites ne se touchent pas, dit « modèle Bonniard ». Ce modèle subit ensuite de nouvelles modifications pour arriver à la version présentée au Salon d'automne. Plus tard, entre 1924 et 1927-1928, Pompon revient au moins trois fois au plâtre de l'Ours avant d'en réaliser la version définitive, celle qu'il exécute en taille réelle pour le Musée du Luxembourg en 1929. Elle est aujourd'hui conservée dans les collections du musée d'Orsay à Paris. Cette dernière version correspond à la version définitive du modèle. Simplifié au maximum, les contours de ses volumes s'expriment avec fermeté, tandis que la modélisation parfaitement lisse lui confère une élégance superlative.

C'était également le modèle préféré de son ami Emile-Jacques Ruhlmann, qui l'utilisa dans deux de ses intérieurs lors de l'exposition de Paris en 1925 : une petite version dans le salon de son propre pavillon et une version grandeur nature montrée à l'occasion de l'exposition internationale Paris 1937 au pavillon de la Société des Artistes Décorateurs. C'est à cette occasion que le Metropolitan Museum of Art de New York s'est porté acquéreur d'un ours de François Pompon en marbre blanc.

Ours blanc en marbre de François Pompon dans les collections du Metropolitan Museum of Art de New York
Ours blanc en marbre de François Pompon dans les collections du Metropolitan Museum of Art de New York

Et sur le web, que trouve-t-on d'authentique ?

A ce jour nous n'avons trouvé d'authentique qu'un ours polaire dans sa version bronze proposée à la vente par le site luxvic.com. Il s'agit d'une fonte posthume de Valsuani datée des années 1968 et qui est accompagné d'un certificat d'authenticité établie par Mme Liliane Colas, experte mondialement reconnue de l'oeuvre de Pompon qui a publié en 1994 le livre de référence sur Pompon en collaboration avec Anne Pingeot, conservatrice honoraire au musée d'Orsay.

François POMPON - Ours polaire en bronze de Valsuani 1968, accompagné de son certificat d'authencité de Mme Liliane Colas.
François POMPON - Ours polaire en bronze de Valsuani 1968, accompagné de son certificat d'authencité de Mme Liliane Colas.