Andy Warhol, Edvard Munch et l'héritage de l'expressionnisme dans le Pop Art

Photographies d'Edvard Munch en 1933 et d'Andy Warhol
Photographies d'Edvard Munch en 1933 et d'Andy Warhol

Andy Warhol et Edvard Munch apparaissent à première vue très différents. L'histoire se souvient de Munch comme l'archétype de l'artiste tourmenté et torturé, tandis que Warhol est devenu le chouchou créatif de la brillante scène sociale de New York. Un examen attentif de la série « After Munch » de Warhol révèle cependant que le pionnier du Pop art et son prédécesseur de la gravure étaient, étonnamment, des âmes soeurs. Bien que géographiquement et temporellement séparées, les icônes du XXème siècle avaient des points communs dans la vie et l'art.

La série « After Munch » d'Andy Warhol

Warhol a développé une affinité pour la culture scandinave tout en travaillant à sa première exposition solo internationale au Moderna Museet de Stockholm en 1968. Une année mouvementée pour Warhol, ce succès majeur a été suivi par la tentative d'assassinat sur sa peronne par Valerie Solanas. Comme Munch, qui a perdu plusieurs articulations de doigts à cause d'une balle lors d'une dispute amoureuse, Warhol a survécu, mais il en a subi les répercussions pour le reste de sa vie, portant un corset médical. Mais ses blessures ne l'ont pas ralenti et il est retourné en Scandinavie en 1973, cette fois pour visiter la National Gallery et le Musée Munch à Oslo.

Andy Warhol (1928-1987), « Madonna » (D'après Munch), sérigraphie, 1984
Andy Warhol (1928-1987), « Madonna » (D'après Munch), sérigraphie, 1984

Ébloui par les gravures sur bois et les lithographies de Munch, Warhol a immédiatement commencé à collectionner ses gravures. Une décennie plus tard, à New York, Galleri Bellman présente une rétrospective de Munch à quelques minutes de l'« Andy Warhol Enterprises », le nouvel atelier sécurisé de l'artiste. Impressionné par les 126 tableaux et oeuvres graphiques exposés, Warhol est revenu à plusieurs reprises revoir l'exposition, particulièrement captivé par les tirages expérimentaux du Norvégien. Bellman a finalement convaincu Warhol de créer 15 tableaux d'après les oeuvres de Munch de son choix. Warhol a choisi d'imiter quatre des lithographies les plus connues de Munch, en les réinterprétant : Le Cri, La Broche - Eva Mudocci, Madonna, et Autoportrait au bras de squelette.

Andy Warhol, « Le Cri » (D'après Munch), sérigraphie, 1984
Andy Warhol, « Le Cri » (D'après Munch), sérigraphie, 1984

Satisfait des résultats de Warhol, Galleri Bellman a ensuite proposé de collaborer avec l'illustre imprimeur Rupert Jasen Smith pour créer des portfolios de sérigraphies « After Munch » dans le même esprit Pop art. Warhol devait créer une édition de 180 portfolios, comprenant chacun trois sérigraphies et 36 épreuves d'artiste. Le projet a toutefois été interrompu lorsque la galerie a fermé inopinément, laissant à l'artiste un nombre inconnu d'épreuves d'essai dans des couleurs uniques.

Andy Warhol, « La Broche - Eva Mudocci » (D'après Munch), sérigraphie, 1984
Andy Warhol, « La Broche - Eva Mudocci » (D'après Munch), sérigraphie, 1984

Tout comme Marilyn Monroe a captivé l'imagination de Warhol, la violoniste anglaise Eva Mudocci a captivé le coeur de Munch. La Norvégienne s'est asservie à son image, se souvient Mudocci : « C'était l'ambition de Munch de faire le portrait le plus parfait de moi, mais chaque fois qu'il commençait une toile, il la détruisait parce qu'il en était insatisfait. Les lithographies étaient meilleures... » (Eva Mudocci citée dans : Patricia Berman et Pari Stave, Munch/Warhol and the Multiple Image, New York, 2013, p. 22). L'esprit rebelle d'Eva est tout aussi frappant dans la lithographie ancienne de Munch que dans la réinterprétation kaléidoscopique de Warhol, démontrant son attrait intemporel.

Andy Warhol, « Autoportrait au bras de squelette » (D'après Munch), sérigraphie, 1984
Andy Warhol, « Autoportrait au bras de squelette » (D'après Munch), sérigraphie, 1984

Imprimé en noir et bleu, l'Autoportrait au bras de squelette de Warhol (After Munch) reste fidèle à l'oeuvre originale du Norvégien. Le sombre autoportrait de Munch, encadré par le bras d'un squelette, ou « Memento mori », révèle sa préoccupation pour la mort. Warhol et Munch ont tous deux perdu un parent à l'âge de 14 ans, ce qui a peut-être contribué à leurs craintes morbides. Tout en complétant sa série « After Munch », Warhol s'est attaqué à ses démons intérieurs, comme en témoignent ses autoportraits contemporains. En recréant les craintes existentielles, les joies et les préoccupations de Munch, Warhol semble avoir trouvé un moyen d'explorer les siennes.