René Magritte une évocation du mystère du monde

René Magritte, vers 1965-67. Crédit photo : Bridgeman Images
René Magritte, vers 1965-67. Crédit photo : Bridgeman Images

« L'art, tel que je le comprends, défie la psychanalyse... Je ne peins que des tableaux qui évoquent le mystère du monde... Aucun homme raisonnable ne croit que la psychanalyse pourrait expliquer le mystère du monde. » (René Magritte)

L'oeuvre surréaliste de René Magritte est satirique, contradictoire et ludique sur le plan esthétique. Tout au long de son oeuvre, Magritte revient sur certains sujets, notamment les miroirs, les fenêtres ouvertes ou fermées de façon ambiguë, le ciel ouvert et les motifs de papier peint, qui jouent avec les tensions entre représentation et réalité. Ces oeuvres illustraient souvent des scènes qui minaient les lois naturelles de l'optique et de la perception. Au fil du temps, ces images sont devenues iconiques et ont contribué à l'univers plus large de la création de Magritte.

Le mariage de Magritte avec Georgette Berger a marqué toute sa vie, et sa ténacité a contribué au développement de sa carrière. Ils n'ont jamais divorcé, bien que les deux aient eu des relations extra conjugales. Lorsque Magritte a commencé une relation avec l'artiste Sheila Legge, il a engagé son ami Paul Colinet pour distraire Georgette, ce qui a mené à leur propre liaison. Le couple s'est temporairement séparé pendant près de quatre ans jusqu'à ce qu'ils finissent par se réconcilier et rester ensemble jusqu'à sa mort.

Ces débuts comme faussaire

Au début des années 1920, il travaille comme dessinateur dans une fabrique de papier peint, dont on retrouve les traces dans plusieurs de ses tableaux les plus connus. Il a également peint des contrefaçons des oeuvres d'autres maîtres dont Picasso, Titien et Max Ernst. Il utilisera cette habileté des décennies plus tard, lorsque pendant l'occupation allemande de la Belgique, il contrefait des billets de banque pour survivre.

L'influence de Giorgio de Chirico

Les oeuvres métaphysiques de Giorgio de Chirico des années qui ont précédé la Première Guerre mondiale, de paysages urbains effroyablement vides, ont fortement influencé l'approche surréaliste de Magritte. Lorsque Magritte vit pour la première fois en 1921 une reproduction du tableau de Chirico de 1914, Le chant de l'amour, il fut mis en larmes et décrivit l'événement comme « l'un des moments les plus émouvants de ma vie : mes yeux virent pour la première fois la pensée ».

Giorgio de Chirico, Le chant de l'amour, 1914 - Museum of Modern Art, New York
Giorgio de Chirico, Le chant de l'amour, 1914 - Museum of Modern Art, New York

René Magritte : la trahison des images

René Magritte, La trahison des images (Ce n'est pas une pipe)
René Magritte, La trahison des images (Ce n'est pas une pipe)

Magritte a mis en oeuvre le texte dans plusieurs de ses tableaux pour explorer les structures des signes visuels et le rôle de la perception dans l'art et le langage. Son oeuvre la plus célèbre, « La trahison des images », illustre cet examen en présentant une pipe au-dessus de l'expression « Ceci n'est pas une pipe », qui confronte le spectateur aux moyens de représentation et au fait que l'image et le mot sont en contradiction avec le réel objet.

Magritte et son influence

René Magritte, Les Amants, 1928 - Museum of Modern Art, New York
René Magritte, Les Amants, 1928 - Museum of Modern Art, New York

De nombreuses images de Magritte ont imprégné d'autres médiums et modes de production visuelle ; par exemple, une scène dans « Les Amants » de Louis Malle de 1958 représente deux amants s'embrassant à travers des vêtements qui couvrent leurs têtes, une référence claire à la peinture du même nom et du même sujet de Magritte en 1928.

L'affiche célèbre de L'Exorciste s'inspire de L'Empire des Lumières de Magritte bien que l'affiche soit en noir et blanc alors que la peinture de Magritte présente des couleurs relativement vives, les deux oeuvres présentent une combinaison confuse et menaçante de lumière intérieure et extérieure, et la figure masculine de l'affiche porte un chapeau melon, probablement une référence à son image caractéristique.

Bien que Magritte ait été un membre important du mouvement surréaliste, son travail a influencé des artistes de styles et d'approches variés, particulièrement le Pop Art. Son esthétique propre et le traitement des objets du quotidien ont inspiré le travail d'Ed Ruscha, Andy Warhol, Jasper Johns et d'autres, mais Magritte a réfuté l'association et critiqué la représentation du Pop Art du « monde tel qu'il est ».

Les années de guerre

Magritte s'écarte de son esthétique naturaliste surréaliste dans les années 1940. Pendant l'occupation allemande de la Belgique, il peint brièvement dans un style impressionniste de coups de pinceau lâches et de couleurs ludiques, connu sous le nom de « période Renoir ». De 1947 à 1948, période dite « vache », il réalise des oeuvres de nature fauviste, utilisant des contrastes de couleurs acides et des juxtapositions choquantes. Il revient à son style surréaliste d'avant-guerre à la fin de 1948.

En plus de ses peintures et sculptures, Magritte réalise également des dessins pour accompagner le travail de ses amis écrivains, dont Paul Éluard, Georges Bataille et le marquis de Sade.

René Magritte et Le Barbare, 1938. Crédit photo : Getty Images
René Magritte et Le Barbare, 1938. Crédit photo : Getty Images

Magritte parlait souvent de sa vie et de son oeuvre avec un sens particulier de l'ironie : « Je peux imaginer un paysage ensoleillé sous un ciel nocturne, mais seul un dieu est capable de le visualiser et de le transmettre au moyen de la peinture. Dans l'espoir d'en devenir un, j'abandonne le projet. »

Magritte est décédée d'un cancer du pancréas en 1967 à l'âge de 68 ans et a été enterrée au cimetière de Schaerbeek, à Bruxelles. Il avait travaillé jusqu'à sa mort et avait laissé un tableau inachevé. L'oeuvre incomplète est restée sur son chevalet dans la maison Magritte jusqu'à la mort de Georgette Magritte en 1986.

« Le Principe du plaisir » de René Magritte

Le Principe du plaisir de René Magritte, 1937, huile sur toile
Le Principe du plaisir de René Magritte, 1937, huile sur toile

En 2018, le tableau de Magritte, « Le Principe du plaisir » (1937), vendu chez Sotheby's à New York pour 26,8 millions de dollars, établit un nouveau record pour cet artiste. Il s'agit d'un portrait envoûtant d'Edward James, l'un des mécènes les plus influents de l'art surréaliste, qui a été présenté à Magritte par Salvador Dalí en 1937. Commandé directement par James, le portrait a été réalisé à partir d'une photographie du mécène qui a été prise selon les spécifications de l'artiste par son collègue surréaliste, Man Ray.